Suradaptation : quand s’adapter encore finit par nous éloigner de nous-mêmes

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Publié le: 14-09-2026

S’adapter est une formidable capacité humaine.

Nous le faisons tous les jours. Nous modifions nos horaires, notre organisation, nos comportements. Nous tenons compte de notre travail, de notre famille, des imprévus et des personnes qui nous entourent.

Et la plupart du temps, cette adaptation est consciente.

Je vois ce qui se passe. Je décide. Je m’adapte. Et je reste présente dans ma décision.

Mais que se passe-t-il lorsque s’adapter devient « s’adapter encore » ?

Encore une chose à faire.
Encore quelqu’un à aider.
Encore un imprévu à absorber.
Encore un effort avant de se reposer.

C’est dans ce glissement, souvent très progressif, que je situe ce que j’appelle ici la suradaptation.

Je n’utilise pas ce terme comme un diagnostic médical ou psychologique. Il me permet de décrire un fonctionnement que j’observe chez certaines femmes : elles ont tellement appris à assurer, anticiper, prendre en charge et répondre présent qu’elles peuvent progressivement perdre de vue une personne pourtant essentielle dans l’équation :

elles-mêmes.

Au départ, il n’y a pas forcément de problème

C’est même ce qui rend ce fonctionnement si difficile à repérer.

Au départ, il peut y avoir beaucoup d’amour, de générosité et d’envie.

On aime prendre soin. On aime rendre service. On veut être présente pour ses enfants, son conjoint, ses parents, ses amis ou ses collègues.

On sait faire.

Alors on fait.

Et puisque l’on sait faire, on nous demande parfois davantage. Ou personne ne nous demande rien : on anticipe et on prend naturellement les choses en charge.

Puis on recommence.

Une fois. Deux fois. Cent fois.

Et la répétition installe progressivement des habitudes.

Ce qui était :

« Je peux le faire. »

peut devenir :

« Je vais le faire. »

puis :

« Il faut que je le fasse. »

jusqu’à parfois :

« Qui d’autre que moi pourrait le faire ? »

De l’extérieur, tout fonctionne encore.

C’est justement le problème.

Quand « je choisis » devient « je dois »

Pour moi, une différence importante entre adaptation et suradaptation se situe ici.

Lorsque je m’adapte, je conserve une certaine visibilité.

Je perçois la situation, je prends en compte les contraintes, mais je peux également me prendre en compte.

Je peux dire oui.

Je peux dire non.

Je peux changer d’avis.

Je peux chercher une autre solution.

Dans la suradaptation, cette souplesse semble progressivement diminuer.

Les « je dois », « il faut », « je ne dois pas », « ça ne se fait pas » prennent davantage de place.

Et parfois, ce n’est même plus :

« Je sais que je pourrais faire autrement, mais je n’ose pas. »

L’autre possibilité n’est tout simplement plus envisagée.

Je l’ai observé chez certaines femmes lorsque je leur propose une alternative très simple.

Le corps réagit parfois avant même les mots : les yeux s’écarquillent, les épaules remontent, la tête dit déjà non.

Puis arrive :

« Mais non… je ne peux pas faire ça ! »

Comme si nous venions de rencontrer une ligne intérieure qu’il n’était jusque-là même pas question de franchir.

Le « gendarme intérieur »

Nous avons tous reçu, au cours de notre vie, des messages, des règles et des manières de voir le monde.

Il faut…
Tu dois…
Ne sois pas…
Une bonne mère doit…
On ne fait pas ça…

Certaines de ces règles peuvent devenir tellement familières que nous n’avons plus besoin que quelqu’un nous les rappelle.

Le gendarme est devenu intérieur.

Il peut aussi fonctionner avec des équations très rapides :

Dire non = être égoïste.
Demander de l’aide = être faible.
Me reposer = ne rien faire.
Ne plus faire pour quelqu’un = moins prendre soin de lui.

Ces équations ne sont pas nécessairement conscientes.

Et c’est peut-être là qu’une simple modification d’organisation peut devenir émotionnellement beaucoup plus importante qu’elle n’en a l’air.

Il ne s’agit plus seulement de laisser la vaisselle attendre ou de demander à quelqu’un d’autre de s’occuper d’une tâche.

Quelque chose peut venir toucher la représentation que l’on a de soi.

Quand nos valeurs deviennent une maison intérieure

Prendre soin.

Être fiable.

Être présente.

Aimer.

Faire correctement.

Être celle sur qui l’on peut compter.

Ce sont de belles valeurs.

Le problème n’est donc certainement pas de vouloir prendre soin des autres.

Mais que se passe-t-il lorsqu’une valeur devient une règle tellement rigide qu’une seule manière de la vivre semble acceptable ?

« Prendre soin est important pour moi »

peut progressivement devenir :

« Si je ne prends pas soin de cette façon-là, je ne suis plus vraiment celle que je dois être. »

Changer un comportement peut alors donner l’impression de toucher à quelque chose de beaucoup plus profond.

J’aime l’image de la maison intérieure.

Nous avons construit au fil des années des piliers qui nous permettent de savoir qui nous sommes et comment nous voulons vivre.

Si l’on croit qu’en disant non, en demandant de l’aide ou en faisant moins, l’un de ces piliers risque de tomber, il devient beaucoup plus difficile de changer.

La question n’est donc peut-être pas :

« Comment abandonner mes valeurs ? »

Mais :

« Puis-je rester fidèle à mes valeurs tout en découvrant d’autres manières de les vivre ? »

Quand on finit par perdre sa propre fréquence

Chez certaines femmes très fatiguées que j’ai accompagnées, une phrase revient :

« Je ne sais plus où j’en suis. »

Elles savent encore parfaitement ce qu’il faut faire.

Qui doit aller où.

Ce qui manque.

Ce qu’il faudra prévoir demain.

Ce dont les autres ont besoin.

Mais lorsqu’on leur demande :

« Et vous, qu’est-ce que vous voulez ? »

il peut y avoir un silence.

De la lassitude.

Du flou.

Parfois même presque du vide.

J’utilise souvent l’image d’une radio qui aurait perdu sa fréquence.

Les informations venant de l’extérieur arrivent encore très bien.

Mais les informations venant de soi deviennent plus difficiles à entendre :

Comment je vais ?
Qu’est-ce que je ressens ?
De quoi ai-je besoin ?
Qu’est-ce qui est encore juste pour moi ?

Alors, avant de demander à cette femme de changer sa vie, je préfère commencer par quelque chose de beaucoup plus simple :

retrouver la fréquence.

1. Retrouver la bonne fréquence

Il ne s’agit pas de chercher immédiatement une solution.

Il s’agit d’abord de revenir suffisamment au présent pour percevoir ce qui se passe en soi.

Vous pouvez commencer plusieurs fois dans la journée par quelques secondes d’arrêt.

Posez-vous simplement trois questions :

Qu’est-ce que je sens dans mon corps maintenant ?

Une tension dans les épaules ? Le ventre serré ? Une respiration courte ? De la chaleur ? De la fatigue ? Ou peut-être rien de particulier.

Dans quel état suis-je ?

Pressée ? Disponible ? Irritée ? Calme ? Fatiguée ? Dispersée ?

Puis :

De quoi aurais-je besoin maintenant ?

Pas pour changer votre vie.

Dans les prochaines minutes.

Ces quelques secondes permettent simplement de remettre dans l’équation une information qui a peut-être été moins écoutée :

vous.

2. Se voir fonctionner

Retrouver ses sensations ne suffit pas toujours.

Certaines femmes savent déjà très bien comment elles fonctionnent.

Elles peuvent dire :

« Je sais que je fais ça. »

« Je sais même pourquoi. »

« Je sais ce que cela déclenche chez moi. »

Et pourtant :

« Je ne sais pas faire autrement. »

La conscience du mécanisme ne donne donc pas automatiquement accès au changement.

Il peut être utile de prendre davantage de distance.

Dans ma pratique, j’utilise parfois l’imagerie mentale : la personne imagine la situation sur un écran, comme si elle pouvait momentanément se regarder fonctionner plutôt que d’être complètement immergée dans la scène.

Que fait-elle ?

Que pense-t-elle ?

Que ressent-elle ?

À quel moment apparaît le :

« Je dois… »

ou le :

« Je ne peux pas… »

Cette mise à distance n’a pas pour objectif de faire disparaître ce qui dérange, mais de rendre le fonctionnement plus visible.

3. Retrouver 1 % de possible

Il existe ensuite un passage qui me paraît essentiel.

On peut comprendre parfaitement ce qui ne nous convient plus et ne pas savoir ce qui pourrait exister à la place.

Avant de demander à quelqu’un de changer, il faut parfois commencer par rendre l’autre possibilité imaginable.

J’aime jouer avec le mot anglais :

IMPOSSIBLE

qui peut se regarder autrement :

I’M POSSIBLE.

Ce n’est évidemment pas une traduction littérale. C’est une petite bascule symbolique.

Elle permet simplement de poser une nouvelle question :

« Et si une autre possibilité existait, même si je ne la vois pas encore ? »

On ne demande pas encore de changer.

On commence par ouvrir une porte.

4. Donner une forme au nouveau

Une fois cette porte entrouverte, nous pouvons imaginer une situation très concrète.

La même journée.

La même famille.

Le même travail.

Mais quelque chose change légèrement.

Cette fois, avant de répondre automatiquement, la femme s’arrête.

Elle ressent.

Elle regarde.

Elle choisit.

Peut-être fait-elle exactement ce qu’elle aurait fait auparavant.

Peut-être demande-t-elle de l’aide.

Peut-être laisse-t-elle quelqu’un d’autre faire.

Peut-être attend-elle.

Peut-être dit-elle non.

Et surtout, elle peut essayer de ressentir cette nouvelle possibilité dans son corps.

Comment respire-t-elle ?

Quelle est sa posture ?

Que ressent-elle ?

Cette nouvelle façon d’être lui semble-t-elle juste ?

Et il est important de préciser quelque chose :

le nouveau n’est pas nécessairement confortable.

Il peut provoquer de la culpabilité, de la peur ou de l’inconfort.

Cela ne signifie pas automatiquement que cette nouvelle direction est mauvaise.

Cela peut simplement montrer que nous venons de nous approcher d’une ancienne limite intérieure.

5. Retrouver 1 % de choix

Vient ensuite l’expérience dans la vraie vie.

Pas la révolution.

Un tout petit changement.

Pendant quelques jours, choisissez une situation quotidienne peu importante.

Lorsque l’automatisme arrive :

« Allez, je vais le faire. »

arrêtez-vous quelques secondes.

Et demandez-vous :

« Si j’avais réellement le choix, qu’est-ce que je déciderais maintenant ? »

Vous pouvez parfaitement choisir de faire exactement ce que vous alliez faire.

La différence est ailleurs.

Vous commencez à distinguer :

« Je le fais parce que je choisis de le faire »

de :

« Je le fais parce que je ne vois aucune autre possibilité. »

C’est ce petit espace que nous cherchons.

Pas nécessairement faire moins.

Retrouver du choix.

Reprendre le chemin sans devenir quelqu’un d’autre

Sortir progressivement d’un fonctionnement de suradaptation ne signifie pas devenir moins généreuse, moins aimante ou moins disponible.

Il ne s’agit pas non plus de tout envoyer promener, de dire non à tout ou de placer systématiquement ses besoins avant ceux des autres.

Il s’agit peut-être de retrouver suffisamment de présence et de souplesse pour que soi-même redevienne une donnée de ses propres décisions.

Le chemin pourrait alors commencer ainsi :

Je ressens.

Je me vois fonctionner.

Je reconnais mes automatismes.

Je prends un peu de distance avec mon gendarme intérieur.

J’imagine qu’une autre possibilité existe.

Je la ressens.

J’en expérimente une toute petite partie.

J’observe.

J’ajuste.

Puis je recommence.

Parce que retrouver sa place ne signifie peut-être pas détruire la maison que l’on a construite.

La maison intérieure n’a pas besoin de s’écrouler.

Elle a peut-être simplement besoin de retrouver des fenêtres, des portes… et un peu d’espace pour respirer.


S’adapter est une formidable capacité humaine.

Nous le faisons tous les jours. Nous modifions nos horaires, notre organisation, nos comportements. Nous tenons compte de notre travail, de notre famille, des imprévus et des personnes qui nous entourent.

Et la plupart du temps, cette adaptation est consciente.

Je vois ce qui se passe. Je décide. Je m’adapte. Et je reste présente dans ma décision.

Mais que se passe-t-il lorsque s’adapter devient « s’adapter encore » ?

Encore une chose à faire.
Encore quelqu’un à aider.
Encore un imprévu à absorber.
Encore un effort avant de se reposer.

C’est dans ce glissement, souvent très progressif, que je situe ce que j’appelle ici la suradaptation.

Je n’utilise pas ce terme comme un diagnostic médical ou psychologique. Il me permet de décrire un fonctionnement que j’observe chez certaines femmes : elles ont tellement appris à assurer, anticiper, prendre en charge et répondre présent qu’elles peuvent progressivement perdre de vue une personne pourtant essentielle dans l’équation :

elles-mêmes.

Au départ, il n’y a pas forcément de problème

C’est même ce qui rend ce fonctionnement si difficile à repérer.

Au départ, il peut y avoir beaucoup d’amour, de générosité et d’envie.

On aime prendre soin. On aime rendre service. On veut être présente pour ses enfants, son conjoint, ses parents, ses amis ou ses collègues.

On sait faire.

Alors on fait.

Et puisque l’on sait faire, on nous demande parfois davantage. Ou personne ne nous demande rien : on anticipe et on prend naturellement les choses en charge.

Puis on recommence.

Une fois. Deux fois. Cent fois.

Et la répétition installe progressivement des habitudes.

Ce qui était :

« Je peux le faire. »

peut devenir :

« Je vais le faire. »

puis :

« Il faut que je le fasse. »

jusqu’à parfois :

« Qui d’autre que moi pourrait le faire ? »

De l’extérieur, tout fonctionne encore.

C’est justement le problème.

Quand « je choisis » devient « je dois »

Pour moi, une différence importante entre adaptation et suradaptation se situe ici.

Lorsque je m’adapte, je conserve une certaine visibilité.

Je perçois la situation, je prends en compte les contraintes, mais je peux également me prendre en compte.

Je peux dire oui.

Je peux dire non.

Je peux changer d’avis.

Je peux chercher une autre solution.

Dans la suradaptation, cette souplesse semble progressivement diminuer.

Les « je dois », « il faut », « je ne dois pas », « ça ne se fait pas » prennent davantage de place.

Et parfois, ce n’est même plus :

« Je sais que je pourrais faire autrement, mais je n’ose pas. »

L’autre possibilité n’est tout simplement plus envisagée.

Je l’ai observé chez certaines femmes lorsque je leur propose une alternative très simple.

Le corps réagit parfois avant même les mots : les yeux s’écarquillent, les épaules remontent, la tête dit déjà non.

Puis arrive :

« Mais non… je ne peux pas faire ça ! »

Comme si nous venions de rencontrer une ligne intérieure qu’il n’était jusque-là même pas question de franchir.

Le « gendarme intérieur »

Nous avons tous reçu, au cours de notre vie, des messages, des règles et des manières de voir le monde.

Il faut…
Tu dois…
Ne sois pas…
Une bonne mère doit…
On ne fait pas ça…

Certaines de ces règles peuvent devenir tellement familières que nous n’avons plus besoin que quelqu’un nous les rappelle.

Le gendarme est devenu intérieur.

Il peut aussi fonctionner avec des équations très rapides :

Dire non = être égoïste.
Demander de l’aide = être faible.
Me reposer = ne rien faire.
Ne plus faire pour quelqu’un = moins prendre soin de lui.

Ces équations ne sont pas nécessairement conscientes.

Et c’est peut-être là qu’une simple modification d’organisation peut devenir émotionnellement beaucoup plus importante qu’elle n’en a l’air.

Il ne s’agit plus seulement de laisser la vaisselle attendre ou de demander à quelqu’un d’autre de s’occuper d’une tâche.

Quelque chose peut venir toucher la représentation que l’on a de soi.

Quand nos valeurs deviennent une maison intérieure

Prendre soin.

Être fiable.

Être présente.

Aimer.

Faire correctement.

Être celle sur qui l’on peut compter.

Ce sont de belles valeurs.

Le problème n’est donc certainement pas de vouloir prendre soin des autres.

Mais que se passe-t-il lorsqu’une valeur devient une règle tellement rigide qu’une seule manière de la vivre semble acceptable ?

« Prendre soin est important pour moi »

peut progressivement devenir :

« Si je ne prends pas soin de cette façon-là, je ne suis plus vraiment celle que je dois être. »

Changer un comportement peut alors donner l’impression de toucher à quelque chose de beaucoup plus profond.

J’aime l’image de la maison intérieure.

Nous avons construit au fil des années des piliers qui nous permettent de savoir qui nous sommes et comment nous voulons vivre.

Si l’on croit qu’en disant non, en demandant de l’aide ou en faisant moins, l’un de ces piliers risque de tomber, il devient beaucoup plus difficile de changer.

La question n’est donc peut-être pas :

« Comment abandonner mes valeurs ? »

Mais :

« Puis-je rester fidèle à mes valeurs tout en découvrant d’autres manières de les vivre ? »

Quand on finit par perdre sa propre fréquence

Chez certaines femmes très fatiguées que j’ai accompagnées, une phrase revient :

« Je ne sais plus où j’en suis. »

Elles savent encore parfaitement ce qu’il faut faire.

Qui doit aller où.

Ce qui manque.

Ce qu’il faudra prévoir demain.

Ce dont les autres ont besoin.

Mais lorsqu’on leur demande :

« Et vous, qu’est-ce que vous voulez ? »

il peut y avoir un silence.

De la lassitude.

Du flou.

Parfois même presque du vide.

J’utilise souvent l’image d’une radio qui aurait perdu sa fréquence.

Les informations venant de l’extérieur arrivent encore très bien.

Mais les informations venant de soi deviennent plus difficiles à entendre :

Comment je vais ?
Qu’est-ce que je ressens ?
De quoi ai-je besoin ?
Qu’est-ce qui est encore juste pour moi ?

Alors, avant de demander à cette femme de changer sa vie, je préfère commencer par quelque chose de beaucoup plus simple :

retrouver la fréquence.

1. Retrouver la bonne fréquence

Il ne s’agit pas de chercher immédiatement une solution.

Il s’agit d’abord de revenir suffisamment au présent pour percevoir ce qui se passe en soi.

Vous pouvez commencer plusieurs fois dans la journée par quelques secondes d’arrêt.

Posez-vous simplement trois questions :

Qu’est-ce que je sens dans mon corps maintenant ?

Une tension dans les épaules ? Le ventre serré ? Une respiration courte ? De la chaleur ? De la fatigue ? Ou peut-être rien de particulier.

Dans quel état suis-je ?

Pressée ? Disponible ? Irritée ? Calme ? Fatiguée ? Dispersée ?

Puis :

De quoi aurais-je besoin maintenant ?

Pas pour changer votre vie.

Dans les prochaines minutes.

Ces quelques secondes permettent simplement de remettre dans l’équation une information qui a peut-être été moins écoutée :

vous.

2. Se voir fonctionner

Retrouver ses sensations ne suffit pas toujours.

Certaines femmes savent déjà très bien comment elles fonctionnent.

Elles peuvent dire :

« Je sais que je fais ça. »

« Je sais même pourquoi. »

« Je sais ce que cela déclenche chez moi. »

Et pourtant :

« Je ne sais pas faire autrement. »

La conscience du mécanisme ne donne donc pas automatiquement accès au changement.

Il peut être utile de prendre davantage de distance.

Dans ma pratique, j’utilise parfois l’imagerie mentale : la personne imagine la situation sur un écran, comme si elle pouvait momentanément se regarder fonctionner plutôt que d’être complètement immergée dans la scène.

Que fait-elle ?

Que pense-t-elle ?

Que ressent-elle ?

À quel moment apparaît le :

« Je dois… »

ou le :

« Je ne peux pas… »

Cette mise à distance n’a pas pour objectif de faire disparaître ce qui dérange, mais de rendre le fonctionnement plus visible.

3. Retrouver 1 % de possible

Il existe ensuite un passage qui me paraît essentiel.

On peut comprendre parfaitement ce qui ne nous convient plus et ne pas savoir ce qui pourrait exister à la place.

Avant de demander à quelqu’un de changer, il faut parfois commencer par rendre l’autre possibilité imaginable.

J’aime jouer avec le mot anglais :

IMPOSSIBLE

qui peut se regarder autrement :

I’M POSSIBLE.

Ce n’est évidemment pas une traduction littérale. C’est une petite bascule symbolique.

Elle permet simplement de poser une nouvelle question :

« Et si une autre possibilité existait, même si je ne la vois pas encore ? »

On ne demande pas encore de changer.

On commence par ouvrir une porte.

4. Donner une forme au nouveau

Une fois cette porte entrouverte, nous pouvons imaginer une situation très concrète.

La même journée.

La même famille.

Le même travail.

Mais quelque chose change légèrement.

Cette fois, avant de répondre automatiquement, la femme s’arrête.

Elle ressent.

Elle regarde.

Elle choisit.

Peut-être fait-elle exactement ce qu’elle aurait fait auparavant.

Peut-être demande-t-elle de l’aide.

Peut-être laisse-t-elle quelqu’un d’autre faire.

Peut-être attend-elle.

Peut-être dit-elle non.

Et surtout, elle peut essayer de ressentir cette nouvelle possibilité dans son corps.

Comment respire-t-elle ?

Quelle est sa posture ?

Que ressent-elle ?

Cette nouvelle façon d’être lui semble-t-elle juste ?

Et il est important de préciser quelque chose :

le nouveau n’est pas nécessairement confortable.

Il peut provoquer de la culpabilité, de la peur ou de l’inconfort.

Cela ne signifie pas automatiquement que cette nouvelle direction est mauvaise.

Cela peut simplement montrer que nous venons de nous approcher d’une ancienne limite intérieure.

5. Retrouver 1 % de choix

Vient ensuite l’expérience dans la vraie vie.

Pas la révolution.

Un tout petit changement.

Pendant quelques jours, choisissez une situation quotidienne peu importante.

Lorsque l’automatisme arrive :

« Allez, je vais le faire. »

arrêtez-vous quelques secondes.

Et demandez-vous :

« Si j’avais réellement le choix, qu’est-ce que je déciderais maintenant ? »

Vous pouvez parfaitement choisir de faire exactement ce que vous alliez faire.

La différence est ailleurs.

Vous commencez à distinguer :

« Je le fais parce que je choisis de le faire »

de :

« Je le fais parce que je ne vois aucune autre possibilité. »

C’est ce petit espace que nous cherchons.

Pas nécessairement faire moins.

Retrouver du choix.

Reprendre le chemin sans devenir quelqu’un d’autre

Sortir progressivement d’un fonctionnement de suradaptation ne signifie pas devenir moins généreuse, moins aimante ou moins disponible.

Il ne s’agit pas non plus de tout envoyer promener, de dire non à tout ou de placer systématiquement ses besoins avant ceux des autres.

Il s’agit peut-être de retrouver suffisamment de présence et de souplesse pour que soi-même redevienne une donnée de ses propres décisions.

Le chemin pourrait alors commencer ainsi :

Je ressens.

Je me vois fonctionner.

Je reconnais mes automatismes.

Je prends un peu de distance avec mon gendarme intérieur.

J’imagine qu’une autre possibilité existe.

Je la ressens.

J’en expérimente une toute petite partie.

J’observe.

J’ajuste.

Puis je recommence.

Parce que retrouver sa place ne signifie peut-être pas détruire la maison que l’on a construite.

La maison intérieure n’a pas besoin de s’écrouler.

Elle a peut-être simplement besoin de retrouver des fenêtres, des portes… et un peu d’espace pour respirer.


S’adapter est une formidable capacité humaine.

Nous le faisons tous les jours. Nous modifions nos horaires, notre organisation, nos comportements. Nous tenons compte de notre travail, de notre famille, des imprévus et des personnes qui nous entourent.

Et la plupart du temps, cette adaptation est consciente.

Je vois ce qui se passe. Je décide. Je m’adapte. Et je reste présente dans ma décision.

Mais que se passe-t-il lorsque s’adapter devient « s’adapter encore » ?

Encore une chose à faire.
Encore quelqu’un à aider.
Encore un imprévu à absorber.
Encore un effort avant de se reposer.

C’est dans ce glissement, souvent très progressif, que je situe ce que j’appelle ici la suradaptation.

Je n’utilise pas ce terme comme un diagnostic médical ou psychologique. Il me permet de décrire un fonctionnement que j’observe chez certaines femmes : elles ont tellement appris à assurer, anticiper, prendre en charge et répondre présent qu’elles peuvent progressivement perdre de vue une personne pourtant essentielle dans l’équation :

elles-mêmes.

Au départ, il n’y a pas forcément de problème

C’est même ce qui rend ce fonctionnement si difficile à repérer.

Au départ, il peut y avoir beaucoup d’amour, de générosité et d’envie.

On aime prendre soin. On aime rendre service. On veut être présente pour ses enfants, son conjoint, ses parents, ses amis ou ses collègues.

On sait faire.

Alors on fait.

Et puisque l’on sait faire, on nous demande parfois davantage. Ou personne ne nous demande rien : on anticipe et on prend naturellement les choses en charge.

Puis on recommence.

Une fois. Deux fois. Cent fois.

Et la répétition installe progressivement des habitudes.

Ce qui était :

« Je peux le faire. »

peut devenir :

« Je vais le faire. »

puis :

« Il faut que je le fasse. »

jusqu’à parfois :

« Qui d’autre que moi pourrait le faire ? »

De l’extérieur, tout fonctionne encore.

C’est justement le problème.

Quand « je choisis » devient « je dois »

Pour moi, une différence importante entre adaptation et suradaptation se situe ici.

Lorsque je m’adapte, je conserve une certaine visibilité.

Je perçois la situation, je prends en compte les contraintes, mais je peux également me prendre en compte.

Je peux dire oui.

Je peux dire non.

Je peux changer d’avis.

Je peux chercher une autre solution.

Dans la suradaptation, cette souplesse semble progressivement diminuer.

Les « je dois », « il faut », « je ne dois pas », « ça ne se fait pas » prennent davantage de place.

Et parfois, ce n’est même plus :

« Je sais que je pourrais faire autrement, mais je n’ose pas. »

L’autre possibilité n’est tout simplement plus envisagée.

Je l’ai observé chez certaines femmes lorsque je leur propose une alternative très simple.

Le corps réagit parfois avant même les mots : les yeux s’écarquillent, les épaules remontent, la tête dit déjà non.

Puis arrive :

« Mais non… je ne peux pas faire ça ! »

Comme si nous venions de rencontrer une ligne intérieure qu’il n’était jusque-là même pas question de franchir.

Le « gendarme intérieur »

Nous avons tous reçu, au cours de notre vie, des messages, des règles et des manières de voir le monde.

Il faut…
Tu dois…
Ne sois pas…
Une bonne mère doit…
On ne fait pas ça…

Certaines de ces règles peuvent devenir tellement familières que nous n’avons plus besoin que quelqu’un nous les rappelle.

Le gendarme est devenu intérieur.

Il peut aussi fonctionner avec des équations très rapides :

Dire non = être égoïste.
Demander de l’aide = être faible.
Me reposer = ne rien faire.
Ne plus faire pour quelqu’un = moins prendre soin de lui.

Ces équations ne sont pas nécessairement conscientes.

Et c’est peut-être là qu’une simple modification d’organisation peut devenir émotionnellement beaucoup plus importante qu’elle n’en a l’air.

Il ne s’agit plus seulement de laisser la vaisselle attendre ou de demander à quelqu’un d’autre de s’occuper d’une tâche.

Quelque chose peut venir toucher la représentation que l’on a de soi.

Quand nos valeurs deviennent une maison intérieure

Prendre soin.

Être fiable.

Être présente.

Aimer.

Faire correctement.

Être celle sur qui l’on peut compter.

Ce sont de belles valeurs.

Le problème n’est donc certainement pas de vouloir prendre soin des autres.

Mais que se passe-t-il lorsqu’une valeur devient une règle tellement rigide qu’une seule manière de la vivre semble acceptable ?

« Prendre soin est important pour moi »

peut progressivement devenir :

« Si je ne prends pas soin de cette façon-là, je ne suis plus vraiment celle que je dois être. »

Changer un comportement peut alors donner l’impression de toucher à quelque chose de beaucoup plus profond.

J’aime l’image de la maison intérieure.

Nous avons construit au fil des années des piliers qui nous permettent de savoir qui nous sommes et comment nous voulons vivre.

Si l’on croit qu’en disant non, en demandant de l’aide ou en faisant moins, l’un de ces piliers risque de tomber, il devient beaucoup plus difficile de changer.

La question n’est donc peut-être pas :

« Comment abandonner mes valeurs ? »

Mais :

« Puis-je rester fidèle à mes valeurs tout en découvrant d’autres manières de les vivre ? »

Quand on finit par perdre sa propre fréquence

Chez certaines femmes très fatiguées que j’ai accompagnées, une phrase revient :

« Je ne sais plus où j’en suis. »

Elles savent encore parfaitement ce qu’il faut faire.

Qui doit aller où.

Ce qui manque.

Ce qu’il faudra prévoir demain.

Ce dont les autres ont besoin.

Mais lorsqu’on leur demande :

« Et vous, qu’est-ce que vous voulez ? »

il peut y avoir un silence.

De la lassitude.

Du flou.

Parfois même presque du vide.

J’utilise souvent l’image d’une radio qui aurait perdu sa fréquence.

Les informations venant de l’extérieur arrivent encore très bien.

Mais les informations venant de soi deviennent plus difficiles à entendre :

Comment je vais ?
Qu’est-ce que je ressens ?
De quoi ai-je besoin ?
Qu’est-ce qui est encore juste pour moi ?

Alors, avant de demander à cette femme de changer sa vie, je préfère commencer par quelque chose de beaucoup plus simple :

retrouver la fréquence.

1. Retrouver la bonne fréquence

Il ne s’agit pas de chercher immédiatement une solution.

Il s’agit d’abord de revenir suffisamment au présent pour percevoir ce qui se passe en soi.

Vous pouvez commencer plusieurs fois dans la journée par quelques secondes d’arrêt.

Posez-vous simplement trois questions :

Qu’est-ce que je sens dans mon corps maintenant ?

Une tension dans les épaules ? Le ventre serré ? Une respiration courte ? De la chaleur ? De la fatigue ? Ou peut-être rien de particulier.

Dans quel état suis-je ?

Pressée ? Disponible ? Irritée ? Calme ? Fatiguée ? Dispersée ?

Puis :

De quoi aurais-je besoin maintenant ?

Pas pour changer votre vie.

Dans les prochaines minutes.

Ces quelques secondes permettent simplement de remettre dans l’équation une information qui a peut-être été moins écoutée :

vous.

2. Se voir fonctionner

Retrouver ses sensations ne suffit pas toujours.

Certaines femmes savent déjà très bien comment elles fonctionnent.

Elles peuvent dire :

« Je sais que je fais ça. »

« Je sais même pourquoi. »

« Je sais ce que cela déclenche chez moi. »

Et pourtant :

« Je ne sais pas faire autrement. »

La conscience du mécanisme ne donne donc pas automatiquement accès au changement.

Il peut être utile de prendre davantage de distance.

Dans ma pratique, j’utilise parfois l’imagerie mentale : la personne imagine la situation sur un écran, comme si elle pouvait momentanément se regarder fonctionner plutôt que d’être complètement immergée dans la scène.

Que fait-elle ?

Que pense-t-elle ?

Que ressent-elle ?

À quel moment apparaît le :

« Je dois… »

ou le :

« Je ne peux pas… »

Cette mise à distance n’a pas pour objectif de faire disparaître ce qui dérange, mais de rendre le fonctionnement plus visible.

3. Retrouver 1 % de possible

Il existe ensuite un passage qui me paraît essentiel.

On peut comprendre parfaitement ce qui ne nous convient plus et ne pas savoir ce qui pourrait exister à la place.

Avant de demander à quelqu’un de changer, il faut parfois commencer par rendre l’autre possibilité imaginable.

J’aime jouer avec le mot anglais :

IMPOSSIBLE

qui peut se regarder autrement :

I’M POSSIBLE.

Ce n’est évidemment pas une traduction littérale. C’est une petite bascule symbolique.

Elle permet simplement de poser une nouvelle question :

« Et si une autre possibilité existait, même si je ne la vois pas encore ? »

On ne demande pas encore de changer.

On commence par ouvrir une porte.

4. Donner une forme au nouveau

Une fois cette porte entrouverte, nous pouvons imaginer une situation très concrète.

La même journée.

La même famille.

Le même travail.

Mais quelque chose change légèrement.

Cette fois, avant de répondre automatiquement, la femme s’arrête.

Elle ressent.

Elle regarde.

Elle choisit.

Peut-être fait-elle exactement ce qu’elle aurait fait auparavant.

Peut-être demande-t-elle de l’aide.

Peut-être laisse-t-elle quelqu’un d’autre faire.

Peut-être attend-elle.

Peut-être dit-elle non.

Et surtout, elle peut essayer de ressentir cette nouvelle possibilité dans son corps.

Comment respire-t-elle ?

Quelle est sa posture ?

Que ressent-elle ?

Cette nouvelle façon d’être lui semble-t-elle juste ?

Et il est important de préciser quelque chose :

le nouveau n’est pas nécessairement confortable.

Il peut provoquer de la culpabilité, de la peur ou de l’inconfort.

Cela ne signifie pas automatiquement que cette nouvelle direction est mauvaise.

Cela peut simplement montrer que nous venons de nous approcher d’une ancienne limite intérieure.

5. Retrouver 1 % de choix

Vient ensuite l’expérience dans la vraie vie.

Pas la révolution.

Un tout petit changement.

Pendant quelques jours, choisissez une situation quotidienne peu importante.

Lorsque l’automatisme arrive :

« Allez, je vais le faire. »

arrêtez-vous quelques secondes.

Et demandez-vous :

« Si j’avais réellement le choix, qu’est-ce que je déciderais maintenant ? »

Vous pouvez parfaitement choisir de faire exactement ce que vous alliez faire.

La différence est ailleurs.

Vous commencez à distinguer :

« Je le fais parce que je choisis de le faire »

de :

« Je le fais parce que je ne vois aucune autre possibilité. »

C’est ce petit espace que nous cherchons.

Pas nécessairement faire moins.

Retrouver du choix.

Reprendre le chemin sans devenir quelqu’un d’autre

Sortir progressivement d’un fonctionnement de suradaptation ne signifie pas devenir moins généreuse, moins aimante ou moins disponible.

Il ne s’agit pas non plus de tout envoyer promener, de dire non à tout ou de placer systématiquement ses besoins avant ceux des autres.

Il s’agit peut-être de retrouver suffisamment de présence et de souplesse pour que soi-même redevienne une donnée de ses propres décisions.

Le chemin pourrait alors commencer ainsi :

Je ressens.

Je me vois fonctionner.

Je reconnais mes automatismes.

Je prends un peu de distance avec mon gendarme intérieur.

J’imagine qu’une autre possibilité existe.

Je la ressens.

J’en expérimente une toute petite partie.

J’observe.

J’ajuste.

Puis je recommence.

Parce que retrouver sa place ne signifie peut-être pas détruire la maison que l’on a construite.

La maison intérieure n’a pas besoin de s’écrouler.

Elle a peut-être simplement besoin de retrouver des fenêtres, des portes… et un peu d’espace pour respirer.


 

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