Je dors, mais je suis toujours fatiguée : pourquoi je ne récupère pas ?
« Pourtant, je dors. Et même d’un sommeil de plomb. »
C’est une phrase que j’entends régulièrement.
La personne ne me raconte pas forcément des nuits blanches ou des réveils toutes les deux heures. Au contraire : elle a parfois l’impression de s’effondrer dans son lit, de dormir profondément toute la nuit.
Mais au réveil, elle est toujours épuisée.
Le corps est lourd. Se lever demande déjà un effort. Et cette question finit par arriver :
« Mais si je dors, pourquoi est-ce que je ne récupère pas ? »
La réponse n’est pas forcément simple, parce que la fatigue a souvent plusieurs composantes.
Plutôt que de chercher immédiatement la cause, regardons les principales pistes qui méritent d’être explorées.
1. Avoir l’impression de bien dormir ne dit pas tout du sommeil
Nous jugeons généralement notre sommeil à partir de ce dont nous nous souvenons :
Je me suis endormie rapidement. Je ne me suis pas réveillée. J’ai dormi huit heures.
Pourtant, cela ne permet pas à lui seul de savoir si le sommeil a été suffisamment réparateur.
Certains troubles peuvent fragmenter ou perturber le sommeil sans que l’on en ait pleinement conscience.
C’est notamment le cas de l’apnée du sommeil : les épisodes respiratoires nocturnes peuvent s’accompagner de micro-éveils et avoir des conséquences pendant la journée, notamment fatigue et somnolence.
Autrement dit, « j’ai dormi comme une masse » et « mon sommeil m’a permis de récupérer » ne sont pas nécessairement synonymes.
2. Avant de conclure au stress, il faut aussi penser santé
C’est un point auquel je tiens particulièrement.
Une fatigue persistante ne doit pas automatiquement être attribuée au stress, à la charge mentale ou à un « système nerveux déréglé ».
De nombreuses situations médicales peuvent entraîner de la fatigue et plusieurs causes peuvent parfois se superposer.
Si la fatigue persiste, s’aggrave, apparaît sans raison évidente ou s’accompagne d’autres symptômes, il est important d’en parler à son médecin.
Explorer ensuite son rythme de vie, son stress ou ses possibilités de récupération peut être intéressant, mais cela vient en complément et non à la place d’une recherche médicale lorsque celle-ci est nécessaire.
3. Ensuite, regardons ce que coûte réellement une journée
Une fois cette précaution posée, une autre piste mérite notre attention.
Quand nous évaluons une journée fatigante, nous pensons facilement à ce que nous avons fait.
Travailler. Faire les courses. S’occuper des enfants. Conduire. Faire du sport. Ranger la maison…
Mais il existe aussi une dépense beaucoup moins visible.
Prévoir. Décider. Se souvenir. Être interrompue. Reprendre le fil. Anticiper. Résoudre un problème. Penser à la prochaine chose avant d’avoir terminé celle que l’on fait.
Une journée peut donc sembler relativement calme vue de l’extérieur et avoir demandé énormément d’attention et d’adaptation.
C’est là qu’une question devient intéressante :
Qu’est-ce qui me demande de l’énergie dans ma journée, même lorsque cela ne ressemble pas à un effort ?
On ne cherche pas encore à changer quoi que ce soit.
On commence par rendre visible ce qui coûte.
4. Se reposer et récupérer : est-ce exactement la même chose ?
Voilà peut-être la distinction la plus utile.
S’arrêter est une chose.
Sentir que quelque chose se recharge en est une autre.
Je peux être sur mon canapé et continuer à organiser demain dans ma tête.
Je peux avoir une heure devant moi et la passer à répondre à des messages, régler trois petits problèmes et penser à ce que j’ai oublié.
À l’inverse, dix minutes peuvent parfois réellement me faire du bien : marcher dehors, être seule, rire avec quelqu’un, écouter de la musique, ne rien avoir à décider…
Il n’existe évidemment pas une activité universelle qui « recharge » tout le monde.
La question devient donc beaucoup plus personnelle :
Qu’est-ce qui, moi, me donne réellement la sensation de récupérer ?
Et surtout : est-ce que cela existe encore suffisamment dans mes journées ?
5. Faites un petit état des lieux
Avant d’ajouter une nouvelle technique ou une nouvelle obligation à votre quotidien, je vous propose quelque chose de beaucoup plus simple.
Pendant quelques jours, observez seulement :
Au réveil — est-ce que je me sens reposée, lourde, somnolente, déjà épuisée ?
Dans la journée — à quel moment mon énergie chute-t-elle ?
Ce qui me coûte — qu’est-ce qui m’a réellement demandé de l’énergie aujourd’hui, physiquement et mentalement ?
Après une pause — est-ce que je me sens différente ou simplement arrêtée quelques minutes ?
Ce qui me ressource — quels sont les moments après lesquels je constate réellement un changement : davantage de disponibilité, de calme, d’envie ou d’énergie ?
Ce petit relevé n’établit aucun diagnostic.
Mais il peut commencer à faire apparaître votre propre fonctionnement, plutôt que d'appliquer immédiatement une solution générale à votre fatigue.
6. Et le système nerveux dans tout cela ?
Il a évidemment sa place dans cette histoire, mais pas toute la place.
Notre organisme s’adapte continuellement à ce que nous vivons. Le système nerveux autonome participe notamment aux ajustements nécessaires face à l’activité, aux émotions, aux contraintes et aux changements de l’environnement.
La recherche sur l’allostasie montre également que des sollicitations répétées ou prolongées peuvent avoir des effets cumulatifs sur plusieurs systèmes physiologiques. Mais ce phénomène est complexe : il ne permet pas de conclure qu’une personne fatiguée aurait simplement « un système nerveux bloqué ».
C’est justement pour cela que je consacrerai le prochain article au système nerveux : ce qu’il fait réellement, ce que signifie « réguler » et pourquoi l’objectif n’est pas d’être calme en permanence.
Finalement, la bonne question n’est peut-être pas seulement « pourquoi suis-je fatiguée ? »
Elle pourrait devenir :
Quelles sont les différentes choses qui contribuent à ma fatigue — et lesquelles puis-je commencer à mieux comprendre ?
Le sommeil en fait partie.
La santé aussi.
Notre rythme, nos sollicitations physiques et mentales, nos préoccupations et nos possibilités de récupération peuvent également entrer dans le tableau.
L’objectif n’est donc pas d’ajouter encore une nouvelle mission : « Il faut que j’apprenne à mieux récupérer. »
Il est d’abord de mettre un peu de clarté là où tout finit parfois par se mélanger.
Et c’est souvent à partir de cette clarté que l’on peut commencer à chercher ce dont on a réellement besoin.
Et lorsque tout se mélange et qu’il devient difficile de savoir par où commencer, faire un état des lieux peut être une première étape pour remettre de la clarté sur ce que vous ressentez.